Retrouver une sexualité épanouie après un cancer colorectal : le parcours de Marie et Julien
- Christelle BEUQUE-GAY
- 28 mai
- 5 min de lecture
Il y a des silences qui pèsent plus lourd que les mots. Celui qui s'installe entre deux corps qui s'aimaient, mais qui n'osent plus se toucher. Celui d'une main qui hésite à se poser. Celui d'un désir qui ne sait plus comment s'exprimer.
En tant que sexothérapeute spécialisée en onco-sexologie, je suis témoin de ces silences. Et je suis aussi témoin de leur transformation — quand ils laissent place, peu à peu, à une nouvelle langue de l'intimité. Aujourd'hui, Marie et Julien m'ont fait l'honneur de partager leur histoire. Une histoire de peur, de douleur, mais surtout de renaissance.

Cancer colorectal : Quand le corps devient un territoire inconnu
Marie a 36 ans quand le diagnostic tombe : cancer colorectal. S'ensuivent des mois de traitements, une lourde chirurgie, une lutte acharnée pour sa vie. Elle gagne ce combat. Mais au bout du chemin, elle découvre un corps qu'elle ne reconnaît plus.
« Mon corps était devenu un champ de bataille. Les cicatrices sur mon ventre, les troubles du transit, les douleurs pelviennes… J'avais l'impression d'avoir perdu le contrôle de mon anatomie la plus intime. Je me sentais profondément modifiée, et l'idée même qu'on me touche ou qu'on me regarde me terrifiait. »
Ce que Marie décrit, tant de personnes après un cancer colorectal le vivent dans un secret douloureux. Les traitements — la chirurgie digestive, parfois la radiothérapie pelvienne ou la chimiothérapie — peuvent transformer profondément la physiologie et la sensibilité de la zone de l'intime. Mais au-delà des atteintes physiques, c'est tout le rapport à soi, à sa séduction, à sa féminité et à son désir qui vacille.
L'autre blessure : celle du couple
Julien, lui, se sentait démuni. Pendant la maladie, il avait tenu bon, présent à chaque rendez-vous, chaque nuit difficile, acceptant les bouleversements du quotidien. Mais une fois la rémission annoncée, une autre épreuve commençait — celle dont personne ne parle vraiment.
« Je l'aimais tellement que je n'osais plus l'approcher. J'avais peur de lui faire mal, de raviver la douleur ou de la mettre mal à l'aise avec son nouveau corps. Alors je me suis éloigné. Et plus je m'éloignais, plus elle pensait que son corps me repoussait. »
Marie acquiesce, les yeux embués :
« Je croyais qu'il ne me voyait plus comme une femme désirable. Que la chirurgie avait tout détruit, y compris son regard sur moi. On dormait côte à côte comme deux étrangers, séparés par une pudeur devenue insurmontable. »
Ce malentendu silencieux — l'un qui se retire par amour et protection, l'autre qui interprète ce retrait comme un rejet — je le rencontre si souvent dans mon cabinet. Le cancer ne touche jamais une seule personne. Il traverse le couple tout entier.
Oser demander de l'aide
C'est Marie qui a fait le premier pas. « Je ne voulais pas que notre histoire se termine comme ça. Pas après tout ce qu'on avait traversé ensemble. »
Leur premier rendez-vous chez moi, je m'en souviens. Deux personnes qui s'aimaient profondément, assises côte à côte mais séparées par un gouffre d'incompréhension et de non-dits. Julien serrait les mains de Marie, mais leurs corps restaient figés.
Ensemble, nous avons entamé un travail en plusieurs étapes :
Réapprendre à se parler : nommer les peurs, les tabous liés à la zone digestive et pelvienne, les besoins et les limites, sans jugement ni culpabilité.
Réapprivoiser le corps : par des exercices de toucher progressif, de massage, de présence, pour réapprendre à s'exposer au regard de l'autre en toute sécurité, loin de toute pression de performance.
Redéfinir l'intimité : détacher la sexualité de la seule pénétration ou des schémas d'avant, pour comprendre qu'elle peut prendre mille formes (caresses, sensualité globale, tendresse connectée), toutes aussi précieuses.
Accueillir le deuil : celui d'une sexualité "spontanée" ou "d'avant", pour faire place à une intimité nouvelle, adaptée et bienveillante face à la réalité du corps actuel.
Le jour où tout a basculé
Marie me raconte un moment charnière, quelques semaines après le début de l'accompagnement :
« Un soir, Julien m'a simplement prise dans ses bras, contre son ventre. Et il m'a dit : "On n'a pas besoin de faire quoi que ce soit. Je veux juste être tout près de toi." Ce soir-là, j'ai pleuré. Pas de tristesse. De soulagement. Mon corps fatigué et marqué était enfin accueilli. »
Julien poursuit :
« J'ai compris que ce n'était pas l'acte qui comptait. C'était d'être là. Vraiment là. Et de lui montrer que je la voyais toujours — elle, Marie, ma femme, pas les séquelles de sa chirurgie. »
Ce moment de reconnexion émotionnelle a été le socle sur lequel ils ont pu reconstruire leur intimité physique. Pas à pas. À leur rythme.
Une sexualité différente — et peut-être plus vraie
Aujourd'hui, un an après le début de notre accompagnement, Marie et Julien vivent une intimité qu'ils décrivent comme « plus profonde qu'avant ».
« Avant le cancer, on faisait l'amour parfois par habitude », reconnaît Marie. « Maintenant, chaque geste est conscient. Chaque caresse est un choix, une victoire. On se regarde vraiment, sans fard. »
Julien acquiesce :
« On a perdu une certaine insouciance, c'est vrai. Mais on a gagné tellement plus. Une complicité, une tendresse, une connexion et une communication qu'on n'avait jamais eues auparavant. »
Leur sexualité a changé, oui. Elle intègre une logistique différente, de nouveaux rythmes, parfois des aides ou des positions adaptées qui respectent le confort abdominal et pelvien de Marie. Mais elle est surtout devenue un espace de totale liberté, débarrassé des injonctions.
Pourquoi je fais ce métier
L'histoire de Marie et Julien n'est pas un cas isolé. Elle reflète le parcours de tant de couples que j'accompagne chez Sexothérapie by Chris.
Ayant moi-même traversé l'épreuve d'un cancer qui a marqué mon corps, je sais intimement ce que signifient la peur d'être touchée, la vulnérabilité de se montrer nue et la nécessité absolue de réinventer sa vie intime. J'ai créé cet espace parce que je crois profondément que la sexualité et la vie relationnelle font partie intégrante de la guérison et du retour à la vie.
Ma formation en sexologie générale, en onco-sexologie et mon parcours expérienciel de patiente ressource, me permet d'accompagner :
Les femmes et les hommes confrontés aux bouleversements intimes et tabous liés aux cancers (colorectaux, gynécologiques, du sein, prostate et autres).
Les couples qui cherchent à reconstruire leur complicité et à briser les silences après la maladie.
Toute personne en difficulté avec sa vie sexuelle, son image corporelle ou sa relation à l'autre.
Mon approche repose sur la bienveillance, l'écoute sans jugement, et une adaptation totale à votre histoire, votre rythme et vos besoins.
Vous n'êtes pas seul·e
Si vous lisez ces lignes et que vous vous reconnaissez dans l'histoire de Marie et Julien, sachez ceci : ce que vous vivez est normal, légitime, et des solutions existent.
La peur, la pudeur douloureuse, le sentiment de perte — tout cela peut se transformer. Non pas en effaçant ce qui s'est passé, mais en construisant une intimité qui vous ressemble, qui respecte votre corps tel qu'il est aujourd'hui, et qui nourrit votre couple au lieu de l'épuiser.
Marie conclut avec ces mots, que je vous transmets comme une invitation à l'espoir :
« Si je pouvais dire une chose aux personnes qui traversent ça, ce serait : n'attendez pas que le silence s'installe. Ne restez pas seul·es avec cette souffrance. Ce chemin vers l'apaisement existe, et il est magnifique à parcourir. »
Pour plus d'informations ou pour prendre rendez-vous, n'hésitez pas à me contacter.
Christelle Beuque-Gay - Sexothérapie by Chris
Sexothérapeute et thérapeute de couple




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